VAUDOU, CHRISTIANISME ET HAÏTI : QUI TIENT VRAIMENT LE PEUPLE EN OTAGE DEPUIS 222 ANS D’INDÉPENDANCE ?
Quand le pasteur Gregory TOUSSAINT et Job FÉNELON affirment que le VAUDOU n’a rien apporté au pays en matière de progrès, tandis que des oungans influents comme Jean Hearby ROC, alias BILOLO KONGO rétorquent que les Églises protestantes n’ont fait que produire un peuple zombifié, la véritable question n’est peut-être pas de savoir qui détient la vérité. La véritable question est beaucoup plus dérangeante, pourquoi, après 222 ans d’indépendance, HAÏTI demeure-t-elle prisonnière d’un débat religieux permanent alors que le peuple haïtien réclame avant tout la justice, l’éducation, la sécurité, le travail et un État digne de ce nom ?
Le débat relancé par les déclarations du pasteur Gregory TOUSSAINT, soutenues par Job FÉNELON, rejetant le vaudou comme un obstacle au développement du pays, a provoqué une onde de choc. En réponse, plusieurs intellectuels, pratiquants du vaudou et oungans, dont BILOLO KONGO, rappellent que le VAUDOU constitue un héritage historique, culturel et identitaire majeur de la nation haïtienne.
Mais derrière cette confrontation médiatique se cache une réalité plus profonde, car depuis plus de deux siècles, HAÏTI est enfermée dans une guerre perpétuelle des autels entre les VAUDOUISANTS et les PROTESTANTS, alors que les fondations mêmes de la Nation haïtienne s’effondrent sous nos yeux.
Le peuple haïtien continue de mourir de faim et croupit dans la misère la plus abjecte. Les jeunes sans espoir continuent de fuir le pays vers d’autres horizons. Les gangs armés, devenus les nouveaux préfets de la République, poursuivent leur conquête des territoires. L’État, dirigé par des corrompus et des apatrides, continue de perdre son autorité. Et pourtant, les débats publics restent trop souvent dominés par la question de savoir quelle religion sauverait HAÏTI.
LA RELIGION N’A JAMAIS REMPLACÉ L’ÉTAT DANS AUCUN PAYS AU MONDE
Une Nation ne se développe pas par un simple cri de « AMEN ou ALLÉLUIA » ou par un simple cri de « AYIBOBO ou SA M PA WÈ YO ». Aucune société sérieuse n’a construit durablement son avenir uniquement par des cérémonies religieuses, quelles qu’elles soient. Les infrastructures routières ne sortent pas des temples. Les universités et les écoles ne naissent pas des autels. Les hôpitaux ne sont pas produits par les prières, mais par des visions claires, des politiques publiques cohérentes et des institutions solides.
Les institutions fortes se construisent grâce à une gouvernance responsable, une justice crédible, une école performante, une économie productive et une citoyenneté exigeante, portées par des femmes et des hommes dignes de ce nom.’
Faire porter au seul le VAUDOU la responsabilité de l’échec national serait une simplification. Attribuer au seul le CHRISTIANISME la solution aux problèmes d’HAÏTI le serait tout autant. Toutefois, l’histoire d’HAÏTI reste et demeure infiniment très complexe.
LE CHRISTIANISME ET LE VAUDOU DOIVENT AUSSI ACCEPTER LE REGARD CRITIQUE
Le débat ne peut être à sens unique. Les institutions chrétiennes ont profondément marqué l’histoire d’HAÏTI depuis le Concordat de 1860. Elles ont dirigé des écoles, des universités, des œuvres sociales et des hôpitaux. Cet héritage est réel. Pourtant, malgré une influence religieuse considérable durant des générations, HAÏTI n’a pas échappé à la corruption, aux dictatures, aux violences politiques, aux détournements de fonds publics ni à l’effondrement institutionnel.
De son côté, le VAUDOU constitue un élément fondamental de la mémoire de la Révolution haïtienne et de l’identité culturelle nationale. Quiconque, quelles que soient ses croyances religieuses ou spirituelles, nierait cette dimension historique reviendrait à mutiler une partie de notre passé historique et spirituel.
Cependant, il serait tout aussi irresponsable d’ignorer que certaines pratiques occultes, attribuées à des individus se réclamant du VAUDOU, alimentent dans l’imaginaire collectif la peur, les accusations de sorcellerie, les manipulations, les escroqueries ou certaines formes de violence symbolique, voire la destruction de vies innocentes par haine ou par méchanceté. Lorsque de telles dérives existent, elles méritent elles aussi d’être dénoncées avec la plus grande rigueur. Aucune tradition n’est au-dessus de la critique.
LE PLUS GRAND DANGER : L’EXPLOITATION DE LA FOI EN HAÏTI
Le véritable scandale n’est peut-être ni le CHRISTIANISME ni le VAUDOU. Le véritable scandale est l’exploitation de la foi à outrance. Quand des pasteurs qui se disent appelés de Dieu transforment l’Évangile de Jésus-Christ en une entreprise lucrative et pécuniaire, on ne parle plus de service de Dieu. Lorsque certains prêtres catholiques privilégient davantage le pouvoir institutionnel que le service de Dieu, Dieu n’est plus au centre.
Quand des oungans ou des manbos utilisent la peur, les menaces spirituelles ou des promesses de pouvoir pour exercer une emprise sur des personnes vulnérables, il s’agit d’une dérive profondément malveillante et destructrice.
Alors, la spiritualité cesse d’être une libération. Elle devient un instrument de domination. Le problème n’est plus la religion. Le problème est l’être humain qui instrumentalise le sacré au service de ses intérêts et de ses ambitions personnelles.
DIEU N’EST PAS LE CHEF D’UNE RELIGION
Nous savons tous que les religions divisent souvent les hommes, alors que la spiritualité authentique les élève. Dieu ne demande pas d’abord une appartenance religieuse. Il demande une conscience droite, la vérité, la justice, la piété, l’amour du prochain et l’intégrité.
On peut fréquenter une église chaque dimanche et participer activement à la corruption, à la pédophilie ou à la criminalité le lundi. On peut assister à toutes les cérémonies d’un péristyle tout en nourrissant la haine, la jalousie ou la violence. Dans les deux cas, la spiritualité est absente.
LE VRAI COMBAT D’HAÏTI N’EST PAS ENTRE LA CROIX ET LE PÉRISTYLE
Alors que les Haïtiens se divisent entre la croix et le péristyle, d’autres peuples investissent dans la recherche scientifique, les universités, l’intelligence artificielle, les infrastructures, l’agriculture, la technologie et la gouvernance. Le développement d’une nation ne dépend ni d’une confession religieuse ni d’une tradition spirituelle. Il dépend de la qualité des femmes et des hommes qu’elle forme.
La première révolution qu’HAÏTI doit accomplir aujourd’hui n’est ni religieuse ni culturelle. Elle est morale, civique, intellectuelle et institutionnelle. Car aucune prière, aucun rituel, aucun sermon et aucune cérémonie ne remplaceront jamais un citoyen honnête et intègre, un enseignant compétent et digne, un magistrat intègre, un entrepreneur créatif ou un dirigeant responsable qui place l’intérêt général au-dessus de l’intérêt personnel.
Le véritable miracle qu’attend HAÏTI n’est pas la victoire d’une religion sur une autre. C’est la naissance d’une génération de femmes et d’hommes capables de placer l’éthique, le savoir, le travail et le bien commun au-dessus des divisions confessionnelles. C’est à cette condition que le pays pourra transformer son immense héritage historique et culturel en un avenir plus stable, plus juste et plus prospère.
Écrit par :
Amos CINCIR
Ambassadeur du Royaume
Serviteur de l’Empire Hayti-Afrique
22 Juillet 2026, Afrique Centrale
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