HAÏTI : QUAND LA TRAHISON INTÉRIEURE DEVIENT UNE DOMINATION ÉTRANGÈRE
HAÏTI : CE NE SONT PAS LES ÉTRANGERS QUI NOUS ONT ENLEVÉ NOTRE DIGNITÉ, NOUS LA LEUR AVONS CÉDÉE
Par Nyrvah Florens Bruno
Analyste politique | Écrivaine
Si Haïti se trouve aujourd’hui dans un abîme aussi profond, c’est en grande partie à cause de la mentalité de nombreux citoyens haïtiens.
Une anecdote révélatrice
Je me souviens qu’en 1987, je connaissais deux Dominicaines avec lesquelles j’avais l’habitude de discuter. Un jour, l’une d’elles m’a fait quelque chose que je n’avais pas du tout apprécié. J’en ai parlé à l’autre. Elle m’a répondu qu’il était vrai qu’elle entretenait de bonnes relations avec moi, mais qu’elle ne pouvait pas me donner raison devant une autre Dominicaine.
Je me suis fâchée et j’ai cessé de parler aux deux. Pourtant, cette expérience m’a permis de comprendre une chose importante : avec des citoyens qui possèdent une telle mentalité, on peut construire un pays. En effet, malgré leurs désaccords personnels, elles semblaient attachées à une forme de solidarité collective.
La solidarité nationale, une nécessité
C’est précisément ce qui manque aux citoyens haïtiens : la solidarité entre eux. Trop souvent, les intérêts individuels, les rivalités et la soif du pouvoir prennent le dessus sur la défense de l’intérêt national.
Cette absence de cohésion affaiblit la société haïtienne et ouvre la voie à des interventions extérieures. Lorsqu’un peuple ne parvient pas à défendre collectivement ses intérêts, d’autres acteurs se sentent autorisés à parler et à décider à sa place.
L’ingérence étrangère et la perte d’autorité
Aujourd’hui, entendre des ambassadeurs de pays étrangers dépasser toutes les limites institutionnelles pour parler de politique haïtienne, et même indiquer le modèle de dirigeants qu’ils souhaitent voir à la tête d’Haïti, traduit le niveau auquel se trouvent les citoyens haïtiens.
La situation peut être comparée à celle d’un voisin qui constate que votre enfant se comporte mal, entre chez vous et se permet de le corriger. Cela signifie que cette famille n’exerce plus aucune autorité.
Le voisin peut vous offrir une assiette de nourriture ou vous donner des conseils. En revanche, il ne doit en aucun cas intervenir dans les affaires qui concernent l’organisation et le fonctionnement de votre famille. De la même manière, les représentants étrangers peuvent apporter une aide ou formuler des recommandations, mais ils ne devraient pas se substituer au peuple haïtien dans les décisions qui concernent son avenir politique.
Accepter que des ambassadeurs interviennent dans des questions aussi fondamentales que la souveraineté de notre pays révèle le niveau d’ignorance et de résignation d’une partie de la population. Tous les citoyens auraient dû descendre dans la rue pour manifester et dire à ces ambassadeurs qui ont perdu le sens des limites : nous sommes un peuple adulte et souverain. Cessez de nous manquer de respect !
Cette situation est également favorisée par la soif du pouvoir et la voracité politique. Elles ont contribué à construire une classe de traîtres qui vendent Haïti à l’étranger, sans honte et sans dignité. En recherchant des avantages personnels, ces acteurs affaiblissent davantage la souveraineté nationale et facilitent l’ingérence étrangère.
Les droits de l’homme comme instrument d’influence
Cette réflexion conduit naturellement à la question des droits de l’homme. Nous suivons les nouvelles : ce qui se passe actuellement aux États-Unis témoigne-t-il réellement du respect des droits de l’homme ?
Les rapports présentés aux Nations unies au nom de la défense des droits humains peuvent, selon moi, devenir des instruments de contrôle politique lorsqu’ils sont utilisés de manière sélective. Dans le cas d’Haïti, cette question des droits de l’homme semble parfois servir à exercer une pression sur le pays, avec la complicité de traîtres au service d’intérêts étrangers.
Ce sont ces mêmes acteurs qui fournissent et utilisent les outils leur permettant d’exercer leur pouvoir sur notre pays. Car, selon moi, c’est précisément au nom des droits de l’homme qu’ils parviennent à contourner les conventions qui leur interdisent toute ingérence dans les affaires intérieures des États.
Ainsi, le manque de solidarité nationale, la faiblesse des institutions et l’instrumentalisation des droits de l’homme se renforcent mutuellement. Pour sortir de cette situation, Haïti doit retrouver une conscience collective, défendre sa souveraineté et exiger que toute relation avec l’étranger repose sur le respect mutuel.
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Écrit par :
Nyrvah Florens Bruno
Présidente SAAS
Analyste politique | Autrice
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