JEAN ERNEST MUSCADIN ET CONSORT : HAYTI N’EST PAS UN ABATTOIR À TRANSFORMER EN UN PALAIS PRÉSIDENTIEL

En Hayti et dans la diaspora, certains citoyens, désespérés par l’effondrement de leur pays, seraient prêts à confier la Nation au premier homme dont la réputation de dureté nourrit leurs fantasmes de vengeance. Le commissaire Jean Ernest Muscadin devient, pour certains internautes, le prochain président d’Hayti avant même d’avoir démontré sa capacité à gouverner. Parce qu’un homme est présenté comme impitoyable envers les bandits, certains en concluent qu’il serait capable de diriger un État. À ce rythme, un bourreau pourrait réclamer le Palais national au nom de l’ordre. Lorsqu’une société confond la peur avec l’autorité, elle cherche un exécuteur auquel déléguer sa colère.
La présidence d’un pays n’est pas une récompense accordée aux tempéraments brutaux ou une médaille de popularité. Elle exige une vision claire, un projet de société, des compétences institutionnelles, une intelligence économique, une capacité diplomatique et le respect du droit. Les admirateurs du commissaire Jean Ernest Muscadin devraient expliquer comment leur enthousiasme créera des emplois, financera les hôpitaux, ouvrira les écoles, combattra la corruption et reconstruira la justice. Les applaudissements ne construisent pas les routes, les menaces ne remplissent pas les classes et la popularité ne constitue pas un programme de gouvernement.
LE CULTE DU BRAS ARMÉ
Hayti n’a pas besoin d’un président choisi pour satisfaire la soif de vengeance d’une population meurtrie. Combattre les gangs et les criminels à cravate est indispensable, mais cette nécessité ne transforme aucun homme en un candidat providentiel ou en un messie. L’État n’est pas une bande armée avec un drapeau, et la sécurité ne saurait justifier l’abandon du droit. Toute action doit respecter la légalité et les droits fondamentaux. La lutte contre la criminalité perd sa légitimité lorsqu’elle prétend s’affranchir des principes qu’elle est censée protéger.
Hayti doit examiner sans complaisance les personnalités impliquées dans des affaires de corruption ou visées par des accusations liées à la drogue et au blanchiment. L’ancien condamné Guy Philippe, l’ancien président Michel Joseph Martelly, l’ancien député Gary Bodeau, l’ancien Premier ministre Claude Joseph, l’ancien président Jocelerme Privert et l’ancien candidat Wilner Joseph, lorsqu’ils ambitionnent de diriger le pays, doivent répondre de leurs bilans et des faits documentés qui les concernent.
Les mêmes exigences de transparence et de responsabilité doivent s’appliquer à l’ancienne ministre des Affaires étrangères Dominique Dupuy, à l’économiste Etzer Émile, à l’ancien député Jerry Tardieu et consorts, lorsque leurs orientations ou leurs liens présumés avec des intérêts privés controversés et des acteurs internationaux sont contestés. Les noms ne remplacent pas les preuves, les accusations ne valent pas condamnations et aucune fonction publique ne dispense de rendre des comptes.
Depuis 1986, les enthousiasmes politiques ont trop souvent précédé les examens de conscience. Les parcours des anciens présidents Jean-Bertrand Aristide, René Préval, Michel Joseph Martelly et Jovenel Moïse diffèrent, mais les désillusions successives devraient avoir enseigné aux citoyens haïtiens une règle élémentaire. Aucun dirigeant ne mérite un chèque en blanc. Pourtant, certains idolâtrent avant d’évaluer, défendent aveuglément avant de comprendre et se révoltent après avoir refusé d’écouter. Le peuple s’enflamme, les illusions s’effondrent et les citoyens paient le prix de leur aveuglement politique.
FACEBOOK, UNE USINE À IDOLES
Les réseaux sociaux offrent une tribune aux certitudes creuses, malheureusement amplifiées par la démocratisation des appareils intelligents. Certains internautes remplacent les arguments par des invectives, des insanités et des insultes, puis prennent leur agressivité et leur arrogance pour de l’intelligence. Ils protègent une idole au lieu de défendre un programme et cherchent à punir toute contradiction. Lorsque les arguments manquent, l’intimidation devient le refuge des convictions fragiles. La violence verbale ne prouve aucune compétence politique, et l’insulte ne transforme jamais une opinion en vérité.
Hayti a besoin de dirigeants indépendants des pressions étrangères et capables de résister aux clans économiques et politiques prédateurs. Elle a besoin d’hommes et de femmes intègres, lucides et visionnaires, capables de présenter des programmes mesurables, de démanteler les réseaux criminels sans reproduire leurs méthodes et de défendre l’intérêt national sans sacrifier la justice. Le patriotisme ne se mesure pas à la brutalité d’un discours, mais à la capacité de servir la population et de bâtir des institutions durables.
Les partisans du commissaire Jean Ernest Muscadin ont le droit de défendre leur choix, mais leur émotion ne peut tenir lieu de destin national. La Nation haytienne n’appartient pas à leurs idoles. Le courage politique consiste à construire des institutions solides, à exiger des comptes et à soumettre tout prétendant au pouvoir à un examen rigoureux de ses compétences, de son intégrité et de sa vision.
Hayti ne sera pas sauvée par la réputation de dureté d’un homme, mais par des dirigeants compétents, intègres et responsables devant la justice. Une nation qui choisit ses présidents sous l’emprise de la colère finit par gouverner ses propres désillusions.
Écrit par :
Amos CINCIR
Serviteur de l’Empire d’Hayti-Afrique
Ambassadeur du Royaume
15 Octobre 2026
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