LETTRE PUBLIQUE AUX AMBASSADEURS DE FRANCE ET D’ESPAGNE EN HAÏTI
Par Jean Baptiste Jean Rodlet
Citoyen haïtien engagé et acteur politique
À Monsieur Gautier Lekens
Ambassadeur de France en Haïti
À Monsieur Marco Antonio Peñín Toledano
Ambassadeur d’Espagne en Haïti
Objet : Respect de la souveraineté nationale haïtienne, non-ingérence diplomatique et indépendance du processus électoral
Messieurs les Ambassadeurs,
Fils d’une terre où la liberté a été gagnée au prix du sang et où la dignité humaine s’est dressée contre les chaînes de l’oppression, Jean Baptiste Jean Rodlet, citoyen haïtien engagé et acteur politique, originaire de Bassin-Bleu, dans le département du Nord-Ouest, porte l’héritage d’un peuple qui n’a jamais renoncé à son droit de décider pour lui-même.
Porté par un fort attachement aux valeurs républicaines, à la Constitution et à l’indépendance nationale, je vous écris aujourd’hui. Mon but n’est pas de rouvrir les blessures de l’histoire. Je veux rappeler avec dignité et fermeté les principes essentiels qui fondent notre souveraineté et que personne ne peut remettre en cause.
C’est dans cet esprit que je veux exprimer mes grandes inquiétudes au sujet de vos déclarations sur les sanctions contre certains acteurs politiques haïtiens et sur le profil attendu du futur président de la République d’Haïti. Ces prises de position posent des questions importantes sur le respect de notre souveraineté nationale, sur l’indépendance de nos institutions et sur le droit du peuple haïtien de choisir librement ses dirigeants.
Ma démarche ne montre aucune hostilité envers vos pays respectifs. Elle montre plutôt la loyauté d’un citoyen envers sa patrie, la mémoire de ses ancêtres et les idéaux de liberté qui ont fondé notre République. La souveraineté d’Haïti n’est pas un privilège offert par les puissants, ni une dignité dépendant de l’accord des chancelleries étrangères. C’est la force vivante de notre indépendance, l’héritage de nos ancêtres et le droit permanent de notre peuple à choisir librement son avenir.
Le peuple haïtien choisit seul le prochain président de la République d’Haïti. Ce choix doit respecter la Constitution et les règles électorales en place.
L’article 58 de la Constitution haïtienne dit que la souveraineté nationale appartient à tous les citoyens. Ce principe de base veut dire qu’aucun ambassadeur, aucune puissance étrangère et aucune organisation internationale ne peut remplacer les institutions prévues par la Constitution ou la volonté exprimée par les citoyens haïtiens.
Il est normal que les partenaires internationaux d’Haïti encouragent la bonne gouvernance, la transparence, l’intégrité publique et le respect des principes démocratiques. Cependant, ces préoccupations légitimes ne justifient pas une intervention qui impose des préférences politiques, qui oriente de façon arbitraire le choix des électeurs ou qui décide, en dehors des règles juridiques en vigueur, des personnes pouvant se présenter à la magistrature suprême de l’État.
Le peuple haïtien est le seul à avoir la légitimité démocratique qu’il faut pour choisir ses dirigeants.
La question des sanctions internationales demande une étude juridique minutieuse, neutre et respectueuse de l’État de droit. Il faut distinguer clairement les sanctions prises par le Conseil de sécurité des Nations unies, les mesures restrictives décidées par l’Union européenne et les sanctions nationales imposées par certains États étrangers.
Ces différents régimes juridiques n’ont pas forcément les mêmes effets. Ils ne doivent pas être considérés automatiquement comme une interdiction de participer à la vie politique haïtienne.
On doit examiner les conséquences possibles de ces sanctions sur l’éligibilité d’un citoyen en tenant compte des obligations internationales qui s’appliquent à Haïti, de la Constitution et de la loi électorale du pays.
Toute décision d’exclusion d’une candidature doit avoir un fondement juridique clair. Une autorité compétente doit la prendre. Elle doit suivre les procédures et garanties prévues par la loi. Aucune pression diplomatique ne peut remplacer une décision légalement motivée des institutions haïtiennes compétentes.
La sanction internationale ne doit pas devenir, par une simple interprétation politique, un outil qui permet de choisir depuis l’étranger les candidats à la présidence d’Haïti.
La Convention de Vienne du 18 avril 1961 sur les relations diplomatiques est l’un des principaux textes juridiques qui encadrent les devoirs des missions diplomatiques. Son article 41 précise que les personnes qui ont des privilèges et immunités diplomatiques doivent respecter les lois et règlements de l’État où elles sont accréditées. Elles ne doivent pas non plus s’immiscer dans ses affaires intérieures.
Cette règle rappelle que les relations diplomatiques doivent se faire dans le respect de la souveraineté de chaque État.
La coopération internationale, même si elle est très importante, ne doit pas devenir un outil de pression politique. Elle ne doit pas chercher à influencer de façon injuste les décisions des institutions électorales haïtiennes.
Il faut bien séparer les positions diplomatiques légitimes, surtout celles qui soutiennent la démocratie et le respect des droits fondamentaux, des actions qui pourraient être une ingérence injustifiée dans les affaires internes d’un État souverain.
La France et l’Espagne sont des partenaires d’Haïti. Cependant, ce partenariat ne veut pas dire que le pays doit se soumettre politiquement ou abandonner sa souveraineté nationale.
L’indépendance d’Haïti, proclamée le 1er janvier 1804, reste un des événements les plus importants de l’histoire mondiale de la liberté et de la libération humaine.
Elle est le résultat des sacrifices faits par nos ancêtres, parmi eux Jean-Jacques Dessalines, Henri Christophe, François Capois, et des milliers de femmes et d’hommes qui ont lutté pour briser les chaînes de l’esclavage et de la domination coloniale.
Cet héritage historique nous donne une responsabilité morale et politique. Nous devons préserver notre dignité nationale, défendre notre indépendance et transmettre aux générations futures une République qui contrôle vraiment son destin.
Haïti n’est pas un pays sous contrôle diplomatique.
Haïti n’est pas un pays où les dirigeants doivent d’abord obtenir l’accord de puissances étrangères.
Haïti est une République indépendante. Elle a une Constitution, des institutions nationales et un peuple souverain.
Les problèmes politiques, économiques, institutionnels et de sécurité que traverse notre pays ne peuvent pas justifier une remise en cause de ce principe fondamental.
La faiblesse d’un État ne doit jamais être prise pour un manque de souveraineté de son peuple.
Compte tenu de ces points, je vous demande de bien vouloir préciser ce que vous entendez exactement par vos propos sur le profil du futur président haïtien, ainsi que sur les possibles conséquences électorales des sanctions internationales.
Une telle clarification aiderait à éviter toute interprétation qui pourrait augmenter les tensions politiques ou affaiblir encore plus la confiance du peuple haïtien dans ses institutions.
J’appelle aussi les autorités nationales, surtout le Conseil électoral provisoire, à remplir leurs responsabilités de façon indépendante, neutre, transparente et en respectant strictement le cadre juridique en vigueur.
Les institutions haïtiennes compétentes doivent garantir les droits politiques des citoyens. Elles doivent aussi décider légalement sur les candidatures. Enfin, elles doivent préserver l’intégrité du processus électoral.
Aucune autorité étrangère ne doit prendre la place des mécanismes constitutionnels et électoraux de notre République.
Nous savons que la coopération internationale, le dialogue diplomatique et la solidarité entre les pays sont importants. Nous soutenons toute démarche honnête qui cherche à améliorer la démocratie, la sécurité, la stabilité des institutions et le développement en Haïti.
Mais cette coopération doit s’appuyer sur le respect mutuel. Elle doit garantir l’égalité entre les États et reconnaître le droit du peuple haïtien à choisir librement son avenir politique.
Le futur président de la République d’Haïti doit être choisi selon les règles de la Constitution et des élections de notre pays. Il ne doit pas être choisi selon les préférences politiques venant de l’étranger.
La légitimité du président doit venir du respect de la loi. Elle doit aussi venir de la volonté des citoyens exprimée par un vote démocratique.
Haïti n’est pas un protectorat.
Le peuple haïtien n’est pas un électorat contrôlé par d’autres.
La présidence de la République n’est pas une fonction dont des gouvernements étrangers peuvent donner ou enlever la légitimité.
La souveraineté nationale n’est pas un privilège accordé par la diplomatie ou une concession faite par la communauté internationale. C’est un droit historique, juridique et politique. Nos ancêtres l’ont gagné au prix de leur sang. Notre indépendance l’a confirmé.
Chaque génération doit protéger cet héritage avec courage, clarté et responsabilité.
Nous voulons travailler ensemble dans le respect, pas sous la domination.
Nous voulons des relations diplomatiques équilibrées. Nous ne voulons pas de subordination politique.
Nous voulons des élections libres, transparentes et fiables. Les résultats doivent vraiment refléter la volonté du peuple haïtien.
Messieurs les Ambassadeurs,
Le respect de la souveraineté haïtienne ne pose pas de problème à l’amitié entre nos nations. Au contraire, il en fait partie des conditions principales.
La France, l’Espagne et Haïti peuvent avoir des relations solides, durables et utiles pour tous, tout en respectant leurs engagements internationaux et leur indépendance.
Mais aucune coopération, même si elle est nécessaire, ne doit remettre en cause le droit fondamental du peuple haïtien de choisir librement ses représentants.
La coopération, oui. L’ingérence politique, non.
Le respect mutuel, oui. La tutelle diplomatique, non.
Oui à la démocratie. Non à des dirigeants imposés depuis l’étranger.
Au final, le peuple haïtien doit avoir le dernier mot.
Vive la souveraineté nationale !
Vive la République d’Haïti, libre, indépendante et souveraine !
Écrit par :
Jean Baptiste Jean Rodlet
Citoyen haïtien engagé et acteur politique
Bassin-Bleu, département du Nord-Ouest
République d’Haïti
14 octobre 2026
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