L’agonie de l’Or Bleu : Pourquoi les cafés du Sud-Est ne doivent pas mourir

L’agonie de l’Or Bleu : Pourquoi les cafés du Sud-Est ne doivent pas mourir

Par R.J. Level BAZIL
Coordinateur de l’Observatoire des Jeunes du Sud-Est

Le constat est amer : ce qui fut le moteur économique du Sud-Est d’Haïti s’effondre. Les cafés, nos « ors bleus », ne sont plus seulement des cultures ; ils sont l’âme de nos mornes et le dernier rempart contre la misère rurale. Pourtant, ce patrimoine s’effrite dans l’indifférence. Il n’est plus temps de constater, il est temps de sauver.

Un trésor écologique et identitaire

De Thiotte à Anse-à-Pitres, nos cafés (variété Typica) ne sont pas de simples produits agricoles. Ce sont des sentinelles écologiques. Cultivés sous ombrage, ils protègent nos sols du lessivage et préservent une biodiversité que le monde nous envie. Détruire cette filière, c’est condamner nos montagnes à l’érosion et rayer l’identité paysanne de la carte.

Le défi de la modernisation : Ne pas vendre notre âme
L’introduction de variétés hybrides (Catimor, Caturra) est présentée comme
le remède miracle contre la rouille et le climat. Attention au piège.

Si la résilience est nécessaire, elle ne doit pas se faire au prix d’une dépendance totale aux engrais chimiques ou d’une perte de notre signature aromatique unique. Nous ne voulons pas d’un café standardisé et sans goût ; nous voulons une productivité qui respecte notre terroir. Qui contrôle ces semences ? Nos paysans ou des laboratoires lointains ?

Pour une révolution structurelle
Relancer la filière exige plus que des discours. Il nous faut :

* Une cartographie de précision : Arrêtons de planter à l’aveugle. Identifions les zones d’excellence.

* De la valeur ajoutée sur place : Finissons-en avec l’exportation de la matière brute. Sans micro-stations de lavage et pépinières communautaires, le profit restera aux mains des intermédiaires.

* Des incitatifs, pas des aumônes : Les planteurs ont besoin de micro-crédits, de formations techniques et d’un accès direct au marché international.

L’État : Le grand absent

L’absence de l’État dans le Sud-Est est une blessure ouverte. Pas de services agricoles, pas d’infrastructures, pas de stratégie. Ce vide laisse le champ libre à l’insécurité qui paralyse les efforts des organisations courageuses comme l’APCAB ou la COOPCAB. L’abandon de la filière caféière est un choix politique, pas une fatalité.

Un potentiel financier gaspillé
À Belle-Anse, le café est une survie, alors qu’il devrait être une richesse.

Un café haïtien bien structuré peut se vendre 3 à 4 fois plus cher sur le marché mondial. Aujourd’hui, cet argent s’évapore faute de marque nationale et de circuits d’exportation performants. C’est une fortune qui échappe chaque année à nos communautés.

Conclusion : Agir ou périr
Les cafés du Sud-Est sont à l’agonie, pris dans un étau entre manque de soutien et baisse de rendement. La solution est politique et communautaire :

1. Sanctuariser notre Typica national.
2. Innover sans asservir le paysan.
3. Imposer une présence technique et sécuritaire de l’État.

Si nous laissons l’or bleu couler entre nos doigts, c’est tout l’avenir économique du Sud-Est que nous condamnons. La relance doit commencer aujourd’hui, avec les organisations paysannes au commandement.

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Harrys Michel
À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39