Réflexion
Haïti doit se mettre debout pour renaître!
Pourquoi la situation sociopolitique d’Haïti devient-elle de plus en plus chaotique ? Cette dégradation résulte-t-elle de l’incompréhension entre les différents acteurs, souvent animés par leur ego et leurs intérêts personnels ? Est-elle due à la manipulation de la communauté internationale par l’intermédiaire de dirigeants présentés comme les fils et les filles du pays, mais qui défendent avant tout des intérêts étrangers ? Est-elle encore la conséquence de l’insouciance volontaire d’hommes et de femmes politiques qui privilégient leurs intérêts particuliers au détriment de l’intérêt national ? Ou provient-elle de luttes incessantes entre acteurs politiques qui semblent appliquer la logique du « ôte-toi que je m’y mette » ?
Une analyse approfondie de ces interrogations peut nous aider à mieux comprendre la crise haïtienne.
Sans remonter aux événements qui ont suivi l’indépendance, examinons la période allant de la chute des Duvalier, en février 1986, jusqu’à la présidence de Jovenel Moïse. Après 1986, le peuple haïtien et une classe politique instable, dépourvue d’une vision cohérente et d’un véritable programme social, ont laissé une grande partie du destin national entre les mains de l’armée et des acteurs internationaux, notamment sous l’influence des États-Unis.
Haïti a alors connu une succession de crises, de coups d’État, de gouvernements provisoires et de transitions politiques. Dans ce contexte, la juge de la Cour de cassation, Ertha Pascal Trouillot, a assumé la présidence provisoire et organisé les élections du 16 décembre 1990. Celles-ci ont conduit à l’élection démocratique de Jean-Bertrand Aristide à la présidence de la République.
Cependant, le 30 septembre 1991, quelques mois après son investiture, Jean-Bertrand Aristide a été renversé par un coup d’État militaire. De nombreuses analyses ont souligné le rôle de certains secteurs économiques et l’influence de puissances étrangères dans cette crise. Depuis lors, Haïti n’a cessé de connaître des turbulences politiques, institutionnelles et sociales, souvent aggravées par les interventions de la communauté internationale.
Face à cette ingérence étrangère, une question essentielle se pose : pourquoi la nation haïtienne se laisse-t-elle aussi facilement diviser et manipuler ? L’influence extérieure ne peut s’exercer durablement que lorsqu’elle trouve, à l’intérieur du pays, des acteurs prêts à la favoriser. Les divisions nationales, l’absence de projet collectif et la faiblesse des institutions facilitent donc les manœuvres de ceux qui cherchent à orienter le destin d’Haïti selon leurs propres intérêts.
Certains dirigeants, attirés par le pouvoir et les privilèges, ont sacrifié l’intérêt national à leurs ambitions personnelles. Leur manque de conscience patriotique et de responsabilité civique les a rendus vulnérables aux influences étrangères et aux mécanismes du néocolonialisme. Au lieu de défendre la souveraineté, la dignité et les intérêts du peuple haïtien, ils ont parfois contribué à la dépendance politique, économique et institutionnelle du pays.
Cette attitude traduit également une perte de mémoire historique. Les idéaux de liberté, de souveraineté et de dignité défendus par les fondateurs de la nation ont été relégués au second plan au profit de l’enrichissement personnel et de la recherche du pouvoir. Certains responsables politiques ont ainsi porté atteinte à la dignité d’un peuple qui, pourtant, a accompli l’un des actes les plus audacieux de l’histoire moderne en conquérant son indépendance.
Haïti se retrouve donc confrontée à une classe politique profondément divisée, où certains acteurs s’affrontent pour le pouvoir sans véritable projet national. Des individus qui se présentaient hier comme des modèles d’honnêteté et de compétence ont parfois révélé leur ambition personnelle et leur goût du pouvoir. Derrière une apparence de probité peuvent se cacher l’opportunisme, la corruption et la volonté de s’enrichir au détriment de la collectivité.
Cette situation ne doit toutefois pas conduire à condamner indistinctement tous les responsables politiques ni à considérer tous les acteurs de la communauté internationale comme des ennemis du peuple haïtien. La responsabilité de la crise doit être examinée avec rigueur. Elle implique à la fois les dirigeants nationaux, les élites économiques, les institutions fragiles, les groupes armés et les puissances étrangères qui ont souvent exercé une influence déterminante sur les affaires du pays.
Le véritable défi consiste à reconstruire une conscience nationale fondée sur la responsabilité, la justice, la souveraineté et le respect des institutions. Haïti doit également investir dans sa jeunesse, car celle-ci représente la force vive de la nation. Il faut lui offrir une éducation de qualité, une formation civique, des possibilités d’emploi et une véritable participation à la vie politique et sociale.
La jeunesse haïtienne doit être protégée contre la manipulation, la violence, la corruption et le découragement. Elle doit être préparée à devenir une génération de citoyens responsables, capables de défendre l’intérêt collectif et de construire un État véritablement démocratique.
Haïti ne renaîtra ni par les discours creux ni par les luttes personnelles pour le pouvoir. Elle renaîtra grâce à une volonté collective, à une classe dirigeante responsable, à des institutions solides et à un peuple conscient de sa valeur historique.
Haïti doit se mettre debout pour renaître!
Humblement,
Écrit par :
Fr. Ravel NORGAISSE, Ing.
Citoyen responsable, sérieux et avisé, au-delà de toute appartenance politique, esclave aux pieds du Maître Jésus-Christ.
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