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À ce qui reste de nous-mêmes : la lutte contre la violence des gangs subitement orpheline

À ce qui reste de nous-mêmes : la lutte contre la violence des gangs subitement orpheline

La chronique de Stéphane Pierre-Paul
Kenscoff, là où la mort, quelle qu’elle soit, se montre encore plus cruelle.

Port-au-Prince, le 12 octobre 2026 —

Il incarnait à la fois la voix et la résistance de toute une communauté soudée à son représentant. Il portait en lui le sens du service public, le leadership local de proximité, l’engagement républicain, l’esprit civique, l’amour charnel de la patrie, le goût du risque de l’homme de terrain et l’attachement indéfectible du paysan à sa terre. Oui, il s’agit bien de Jean Massillon, agent exécutif intérimaire de Kenscoff. Un homme qui incarnait toutes ces valeurs devenues des denrées rares au plus fort de la crise qui sévit en Haïti.

De l’humble paysan au leader incontesté

Un simple paysan s’est métamorphosé en leader incontesté de toute une population maintes fois durement éprouvée par la violence des gangs terroristes, depuis le début de cette campagne de destruction le 27 janvier 2025. Contraint de circuler fréquemment avec un gilet pare-balles, Monsieur Jean Massillon — qui n’a jamais été élu — a su trouver les ressources, le courage, la ténacité et la combativité nécessaires pour se construire une légitimité populaire de maire. Une stature susceptible de faire pâlir d’envie d’autres responsables de communes confrontés au même phénomène de l’insécurité.

Cette capacité sublime à s’oublier soi-même pour se mettre entièrement au service des autres mérite d’être reconnue à sa juste valeur. Pas seulement aujourd’hui, mais pour toutes les années à venir.

Car l’humble citoyen Massillon, peu importent ses faiblesses, ses contradictions ou ses tâtonnements, est définitivement entré dans l’histoire. Il y entre à travers son rôle infatigable auprès de sa population, ses critiques osées contre l’inaction du gouvernement (l’autorité de nomination pourtant capable de le renvoyer) et son discours constant appelant les forces de sécurité à traquer, sans concession, les bandits qui sèment la terreur depuis bientôt deux ans dans la paisible commune de Kenscoff, zone à vocation agricole et haut lieu de villégiature.

Le drame de l’urgence médicale en Haïti

La disparition prématurée, suite à un accident vasculaire cérébral (AVC), de cette figure locale au rayonnement national interroge une fois de plus la gestion de l’urgence médicale dans notre pays. C’est une perte très douloureuse pour sa famille, ses proches, les Kenscovites et nous tous, patriotes, qui considérions le défunt comme notre digne représentant. Ce drame rappelle qu’en Haïti, les cas similaires, de même que d’autres graves problèmes de santé, conduisent presque toujours à la mort par manque d’infrastructures adéquates.

Face aux éloges officiels : le miroir de l’hypocrisie

Au moment où certains sont peut-être en train de verser des larmes de crocodile, il est tout à fait indiqué de demander au gouvernement — auteur d’hommages appuyés à Jean Massillon — s’il se reconnaît vraiment dans ce personnage aujourd’hui couvert d’éloges.

Ce qu’accomplissait localement le disparu comme travail pour assurer la sécurité, protéger la vie menacée et garantir le bien-être de ses concitoyens se situe à l’opposé de l’insouciance, de l’indigence, de la corruption et de l’absence de patriotisme qui caractérisent le fonctionnement du pouvoir exécutif, à la tête d’un pays en plein chaos.

## Refuser « l’actualité spectacle »
Enfin, le départ de ce grand résistant haïtien a nettement plus de signification pour nous que l’actualité spectacle de ces derniers jours qui absorbe tout le monde, presque pour rien.

Ni le rapport des experts de l’ONU sur les liaisons dangereuses existant entre les élites politiques, économiques, les institutions et les gangs armés, ni le bazar des élections générales annoncées ne peuvent apporter de solution aux maux qui rongent ce pays. Des élections désormais sans calendrier, sans issue raisonnable au milieu de tous les défis, et portées par un décret électoral remanié autorisant la candidature d’anciens dirigeants faisant l’objet de graves accusations.
Jean Massillon laisse un vide immense, mais son exemple de résistance et de civisme demeure.

Par Harry Espoir Michel
Journaliste Directeur, Le tout au pluriel magazine
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À propos de : Michel Hary Espoir - Formation : Licencié en Communication sociale - Profession : Professeur de Communication sociale, Journaliste, Animateur culturel, Analyste - Responsabilités : PDG du magazine Le Tout au Pluriel - Domaines d'expertise : Politique, Kabbalistes, Travail social - Contact : - Email : [email protected] - Téléphone : +509 48 43 81 36 / +509 55 48 92 39
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