Processus électoral 2026 en Haïti :
« Cessons de réagir, concertons-nous ! »
OPINION. Face à un calendrier flou et un processus contesté, le Groupe de recherche et de réflexions du Plan d’Action Citoyenne (PAC) et ses alliés appellent la classe politique à une pause stratégique pour exiger de réelles garanties démocratiques.
Par Moise GARÇON
Port-au-Prince, 10 octobre 2026
L’illusion de la participation : une stratégie à l’épreuve des faits
Dans l’espoir de maintenir le cap sur l’échéance théorique du 13 décembre 2026, de nombreux partis politiques haïtiens ont choisi de s’engager dans le processus. Malgré des divergences profondes, un manque criant de transparence et des manœuvres politiques largement dénoncées, ces structures ont consenti à soumettre la liste exigeante des 30 000 membres requis.
Leur leitmotiv ? Demeurer acteurs du processus. Pour beaucoup, il semblait impossible de combattre un système dysfonctionnel sans s’y insérer, espérant ainsi pousser le Conseil Électoral Provisoire (CEP) ou le gouvernement de facto à réviser le décret électoral pour y insuffler plus de flexibilité. D’autres pariaient sur le vide politique que laisserait l’exclusion de candidats corrompus et sanctionnés par la communauté internationale. Si ces calculs tactiques pouvaient initialement sembler pragmatiques, l’épreuve du temps impose aujourd’hui une tout autre réalité.
Le constat d’un jeu de dupes
Le constat est désormais sans appel, donnant raison à l’opposition radicale et aux observateurs les plus sceptiques : le processus actuel s’apparente à un véritable jeu de dupes. L’organisation d’un scrutin en décembre 2026, ou même à moyen terme, relève désormais de l’improbabilité. Dans sa configuration présente, cette démarche ne sert qu’à légitimer le gouvernement de facto et ses alliés directs ou indirects.
Participer aveuglément à un scrutin dénué de garanties fondamentales ne fera qu’aggraver les crises sociopolitiques et économiques qui consument le pays, tout en fragilisant les fondations déjà précaires de la jeune démocratie haïtienne. Une démocratie ne peut se consolider sans des élections périodiques, libres et transparentes, seules capables de renouveler le personnel politique. Les transitions perpétuelles et interminables ne font qu’institutionnaliser l’instabilité et nuire au pays.
L’appel du PAC et de ses alliés :
« Cessez de réagir, concertez-vous ! »
Face à cette impasse, le Groupe de recherche et de réflexions du Plan d’Action Citoyenne (PAC), la Proposition Citoyenne, Nouvo Kontra Pèp et leurs alliés lancent un appel solennel à la responsabilité historique de la classe politique haïtienne :
* Rompte avec l’attentisme : Ne suspendez plus vos actions aux prolongations hypothétiques du calendrier électoral ou aux communiqués laconiques du CEP et du pouvoir de facto.
* Prendre l’initiative du dialogue :
N’attendez pas une convocation officielle du CEP pour réunir les partis et groupements agréés. Prenez l’initiative de vous concerter dès maintenant.
* Refuser le flou opérationnel : Alors que les inscriptions en ligne sont effectives et que le CEP réclame le dépôt des pièces ainsi que le paiement des frais, aucun calendrier opérationnel clair n’est disponible. Sans cette visibilité, les candidats sont contraints de faire campagne à l’aveugle.
* Imposer une pause stratégique : Sans versement de frais ni examen rigoureux des pièces, le CEP ne peut statuer sur les candidatures. Profitons de ce moment pour évaluer collectivement la situation et éviter de donner au gouvernement de nouvelles occasions de mettre les acteurs politiques en difficulté.
Cessons de subir les événements. Par devoir envers nos enfants et les générations futures, faisons preuve de responsabilité historique : mettons un terme à ce processus électoral sans garanties suffisantes et exigeons les conditions nécessaires à des élections crédibles !
Conclusion : Sortir de l’impasse institutionnelle
Le scénario à venir est prévisible : le CEP s’apprête, une fois de plus, à rejeter la faute sur l’exécutif en rappelant que la création d’un climat propice relève du gouvernement. Ce jeu de renvoi des responsabilités se fera au détriment des citoyens et de la confiance publique.
La réussite de ce tournant historique exige un CEP véritablement indépendant, doté de l’autorité et de la crédibilité nécessaires, combiné à un gouvernement impartial capable de garantir la sécurité publique et l’intégrité institutionnelle. Sans une volonté politique sincère et sans un engagement de tous les acteurs à faire prévaloir l’intérêt national sur les considérations partisanes, le pays s’enfoncera inévitablement dans une crise de légitimité et une impasse institutionnelle irréversible.
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